Psychologie sociale : CM n°4&5
Attitude et comportement
Concept d’attitude :
Définition :
Une attitude est une tendance relativement stable à réponse à quelqu’un ou quelque chose d’une manière qui reflète une évaluation (positive ou négative) de cette personne ou chose. D’après la définition d’Eagly et Chaiken (1993), une attitude est « une tendance à évaluer une entité avec un certain degré de faveur ou de défaveur, habituellement exprimée dans des réponses cognitives, affectives et comportementales ». Le terme d’entité est l’objet de l’attitude c’est à dire tout ce à quoi on peut réagir favorablement ou défavorablement (individus, objets, concepts etc.). On constate qu’il y a un lien direct avec le comportement : les réponses comportementales font partie des manières par lesquelles l’individu peut exprimer son évaluation.
L’attitude est une construction hypothétique : nous ne pouvons pas l’observer directement ; nous l’inférons des réponses évaluatives. Ces réponses peuvent être verbales ou non-verbales, toujours dans les registres cognitifs, affectifs ou comportementaux.
Mode de réponse |
Affect |
Cognition |
Comportement |
Verbal |
Expression de sentiment
(« je le déteste ») |
Expression de croyance, d’opinion
(« c’est un incapable ») |
Expression d’intention de comportement
(« je ne voterai pas pour lui ») |
Non verbal |
Réponse physiologique
(rougir) |
Réponse perceptive
(temps de réaction) |
Réponse comportementale
(ne pas voter) |
Bases théoriques du lien entre attitude et comportement :
De la structure en trois composantes, on infère que les attitudes sont corrélées avec les comportements. La théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1950) veut qu’il y ait un besoin de maintenir une cohérence entre les différentes cognitions (connaissances su soi, autrui et l’environnement). La conscience d’une « contradiction » entre une attitude et un comportement (état de dissonance) conduit à la réduire par le changement d’attitude ou de comportement afin que l’attitude corresponde au comportement (état de consonance).
L’idée largement répandue consiste à penser que la façon la plus efficace de faire changer les comportements de quelqu’un consiste à modifier ses attitudes (un changement dans la façon dont les pense pensent ou ressentent un objet entraînera un changement dans la façon dont les gens réagissent à l’égard de cet objet). Mais cette conception est largement remise en cause par la psychologie sociale. Un changement d’attitude n’est pas toujours suffisant pour engendrer un changement de comportement.
Premières recherches sur le lien entre attitude et comportement :
Richard La Piere (1934) :
Etape 1 : visite de 251 hôtels et restaurants avec un couple de Chinois : un seul refuse l’accueil.
Etape 2 : demandes écrites de recevoir les Chinois, adressées à ces mêmes établissements : sur 128 réponses reçues, 92% étaient négatives.
Il y a remise en question du lien entre attitude (ici une déclaration) et comportement. Cette expérience a été cependant critiquée car les personnes qui accueillaient n’étaient peut-être pas celles qui répondaient aux lettres.
Corey (1937) :
Etape 1 : mesure d’attitude des étudiants à l’égard de la tricherie aux examens.
Etape 2 : examens (QCM) corrigés à l’insu des étudiants, par des professeurs.
Etape 3 : autocorrection.
La différence entre les autocorrections et les corrections de professeurs est un indice du comportement de tricherie.
Les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de corrélation entre attitude et comportement (ceux qui désapprouvent la tricherie trichent autant que ceux qui l’approuvent).
De Fleur et Westie (1958) :
Etape 1 : mesure d’attitude à l’égard des noirs auprès de 250 collégiens blancs, et sélection de 23 ayant une attitude la plus négative et 23 ayant l’attitude la plus positive.
Etape 2 : présentation des diapositives de couples noirs et blancs.
Etape 3 : demande d’accepter de se faire photographier avec une personne noire de sexe opposé, et si oui, demande d’utiliser les photo pour la recherche / la campagne nationale pour l’intégration raciale.
La corrélation entre l’attitude et le comportement est de 0,40 lorsque l’attitude est forte.
La revue de la question de Wicker (1969) :
Su 45 études analysées, la corrélation moyenne entre attitude et comportement est de 0,15. Wicker en conclue qu’il « est plus probable que les attitudes soient sans lien ou très faiblement liées avec les comportements que l’inverse ». En 1971, il suggère qu’il « est souhaitable d’abandonner le concept d’attitude ».
Psychologie sociale CM ? (suite sur les attitudes et les comportements)
Critiques méthodologiques (Ajzen et Fishbein, 1977) :
Principe d’agrégation :
Utilisation des mesures multiples (plusieurs items) qui une fois agrégées constituent un index plus valide et plus fiable. Dans l’expérience de LaPierre on mesure l’attitude à partir d’un seul item (« seriez-vous prêt à accepter des Chinois dans votre établissement ? ») ; dans celle de DeFleur et Westie, on mesure l’attitude à partir de plusieurs items mais on mesure le comportement à partir d’un seul (« accepteriez-vous d’être photographié avec une personne noire du sexe opposé ? »).
Etude de Weigel et Newman (1976) :
Etape 1 : mesure multi-items pour évaluer les attitudes à l’égard de l’environnement.
Etape 2 : trois mois plus tard, une visite à domicile pour demander de signer une ou trois pétitions en lien avec la protection de l’environnement.
Etape 3 : six semaine plus tard, une invitation à participer au nettoyage du quartier et à amener un ami avec soi.
Etape 4 : deux mois plus tard, une information sur la campagne locale pour le recyclage des journaux, du verre, etc.
On attribue un point pour la manifestation de chaque comportement demandé.
Corrélation entre attitude et comportement unique |
Corrélation entre attitude et catégories de comportements |
Corrélation entre attitude et mesure agrégée du comportement |
Nucléaire : 0.36
Pot d’échappement : 0.39 |
Comportement de pétition : 0.50 |
Comportement global : 0.62 |
Venir nettoyer : 0.34
Recruter un ami : 0.22 |
Comportement de nettoyage : 0.36 |
Semaine 1 : 0.34
Semaine 2 : 0.12
Semaine 3 : 0.34 |
Comportement de recyclage : 0.39 |
Si on essaie de mesurer des réponses évaluatives générales envers un objet, il ne faut pas se contenter d’items uniques qu’il s’agisse de mesure des attitudes ou des comportements. Les mesures générales d’attitude sont de meilleurs prédicteurs des mesures générales (et non pas spécifiques) de comportements.
Principe de compatibilité :
Les mesures d’attitudes et de comportements doivent être compatibles, c’est à dire qu’elles doivent se situer au même niveau (attitude spécifique => comportements spécifique et non pas attitude générale => comportement spécifique).
Un comportement varie en fonction de l’action mais aussi en fonction :
- de l’objet envers lequel l’action est dirigée.
- du contexte dans lequel l’action se déroule.
- du moment où l’action se passe.
Une prise en compte complète du comportement doit spécifier non seulement quelle action est accomplie mais aussi l’objet, le contexte et le moment (Ajzen et Fishbein, 1977).
Une étude de Davidson et Jaccard (1979) a repris le fait que l’attitude générale à l’égard de la contraception était un mauvais prédicteur de la mesure comportementale d’usage de contraceptifs. La question qui s’est posée était : pourrait-on prédire l’usage de contraceptifs oraux (pilule) sur deux ans à partir de mesures d’attitudes ? Ici, la mesure comportementale est spécifique (action : usage de contraceptif ; objet : contraceptif oral ; moment : deux ans). On mesure l’usage auto-reporté de la pilule.
Attitude |
Comportement spécifique (usage de la pilule pendant deux ans) |
Contraception |
0.08 |
Contraception orale |
0.32 |
Usage de contraceptifs oraux |
0.53 |
Usages de contraceptifs oraux sur deux ans |
0.57 |
Nouveaux modèles :
Postuler que les comportements sont déterminés seulement par les attitudes est une énorme simplification. Elle reflète une ignorance des autres travaux dont ceux sur l’influence sociale et la régulation normative. En réponse à cette critique, on propose deux modèles nouveaux : la théorie de l’action raisonnée (Fishbein et Ajzen, 1975) et la théorie du comportement planifié (Ajzen).
Théorie de l’action raisonnée (TAR) :
Elle concerne le comportement volontaire.
Croyances sur les conséquences |
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Attitude comportementale |
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Evaluation des conséquences |
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Importance de l’attitude et des normes |
Intention |
Comportement |
Croyances normatives |
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Norme subjective |
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Motivation à se plier aux attentes des autres |
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Concernant cette théorie, une étude de Beale et Manstead (1991)porte sur la réduction par les mères de la quantité de sucre ingérée par leurs jeunes enfants. Les résultats montrent que le comportement est déterminé par l’intention, qui est déterminée par :
- L’attitude comportementale (mesure directe ou indirecte) : « ne pas laisser mon bébé manger ou boire sucré en dehors des repas est : bon-mauvais / fou-sage / bénéfique-dangereux / gentil-cruel ».
- La norme subjective (mesure directe ou non) : « la plupart des gens qui comptent pour moi pensent que je devrais / ne devrais pas laisser mon bébé manger ou boire sucré entre les repas ».
Les attitudes sont elles-mêmes déterminées par :
- Les croyances comportementales (conséquences) : « ne pas donner le sucre entre les repas : évite les caries, prive de plaisir, aide à ne pas grossir, est une alimentation saine, maintien l’appétit pendant les repas ».
- Les évaluations des conséquences : « le fait que mon enfant ait des caries est bon / mauvais ».
Les normes subjectives, quant à elles, sont déterminées par :
- Les croyances normatives : « mes parents / mon mari pensent que je devrais / ne devrais pas laisser mon enfant manger sucré ».
- Les motivation à se plier aux attentes des autres personnes importantes : « en général, à quel point acceptez vous de faire ce que vos parents aimeraient que vous fassiez ? ».
D’après une autre étude (Smetana et Adler, 1980, sur l’avortement), lorsque le comportement est volontaire, l’intention comportementale est le meilleur prédicteur (0.96). L’intention est bien prédite par l’attitude comportementale et la norme subjective (0.76). Cependant, la norme subjective peut prédire mieux les intentions (0.46) que l’attitude (0.21).
Une méta-analyse sur 150 études montre que la corrélation moyenne entre :
- L’attitude et la norme, et l’intention est de 0.68.
- L’intention et le comportement réel est de 0.62.
Les éléments fondamentaux des comportements volontaires sont donc les croyances, les valeurs et les motivations. Ils se construisent au cours de l’expérience, directe ou non, du comportement.
Pour l’application, il est important de comprendre quelles variables (éléments) différencient les gens. La campagne en vue d’un changement comportemental doit focaliser ses messages sur ces variables. Par exemple, si toutes les mères croient que l’allaitement aide à renforcer le lien entre la mère et l’enfant, un message portant sur ce sujet sera inefficace alors que si elles diffèrent sur le fait que l’allaitement protège le bébé, il sera efficace.
Une critique a été faite sur ce modèle car seules les conduites les plus simples sont sous le contrôle de la volonté. Pour aller plus loin, il faut inclure le contrôle comportemental perçu.
Théorie du comportement planifié :
Ce modèle intègre le contrôle comportemental perçu comme déterminant de l’intention. S’attendre à pouvoir exécuter un comportement facilement est un contrôle élevé. S’attendre à ne pas pouvoir l’exécuter ou le faire avec beaucoup de difficultés est un contrôle bas (exemple : « ne pas laisser mon bébé manger ou boire sucré en dehors des repas est facile / difficile »).
Le concept de maîtrise personnelle de Bandura (1982) et proche. Le jugement de maîtrise personnelle détermine la quantité d’effort et le temps qu’on passe à faire face aux obstacles et aux expériences désagréables.
Attitude comportementale |
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Norme subjective |
Intention comportementale |
Comportement |
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Contrôle comportemental perçu |
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L’inclusion de la mesure du contrôle perçu permet d’augmenter la valeur prédictive de l’intention (de 13%) et du comportement (11%). Toutefois, cette augmentation concerne surtout les comportements considérés comme bas en contrôle volontaire (et moins des comportements robustes comme celui de fumer).